Oumar DIOP: « Face aux confréries religieuses, les politiques politiciennes ont rendu notre Etat faible ! »

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« Face aux confréries religieuses, les politiques politiciennes ont rendu notre Etat faible ! »
Qui exerce l’autorité politique ? Naguère, la réponse allait de soi : l’État. Aujourd’hui, au Sénégal, cela fait débat, à juste titre. L’heure est grave, beaucoup plus grave que nous le pensons. Les conséquences de la politique politicienne sont là : la dégradation de l’autorité de l’Etat d’une part et d’autre part l’émergence de la « puissance » maraboutique.
Depuis l’alternance en 2000 jusqu’à aujourd’hui, le pouvoir des féodalités maraboutiques a été renforcé par ceux qui se sont succédés au pouvoir des raisons purement électoralistes. Oui purement électoralistes. Les religieux gagnent du terrain et l’Etat recule et fait preuve de beaucoup trop de faiblesse. Un Etat faible est un Etat constamment en danger.
Le peuple sénégalais n’a pas élu un Imam pour diriger son pays. Le peuple sénégalais n’a pas élu un Khalif Général. Le peuple sénégalais, en toute souveraineté, a choisi un Président de la République qui est, avant tout, le décideur et le chef suprême de la nation. Nous sommes en guerre contre ennemi invisible : le Coronavirus. En temps de guerre, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain, c’est à lui et à lui de prendre ses responsabilités sur la base de recommandations scientifiques. Cela a été fait et il faut le saluer. Aucun autre citoyen n’a le droit de ne pas se soumettre aux mesures prises par le gouvernement. Aucun autre n’a le droit.
Des consignes de fermeture des mosquées n’ont pas été respectés par ceux-là même que les fanatiques ont fini par considérer comme des « demi Dieux », ceux-là même qui devaient nous montrer le chemin, ceux-là même qui devaient nous faire comprendre que même la KAABA lieu saint de l’islam a fermé. C’est triste. Personne n’est invulnérable y compris les marabouts. Ceux qui ont ordonné l’ouverture des mosquées le vendredi 20 mars dernier non seulement ne se protègent pas mais aussi ils ne protègent pas les autres. Même s’ils n’ont aucun symptôme ils peuvent contaminer les autres : les amis, les parents, les enfants, les talibés, les marabouts…. Tout le pays devait s’unir et avoir un seul objectif : le ralentissement de la propagation du virus en respectant les décisions de l’Etat du Sénégal de limiter au maximum les contacts au-delà des foyers. La prière c’est après avoir respecté scrupuleusement les consignes données par les experts scientifiques.
L’islam « made in Sénégal » ou « l’islam sénégalais » est en train de profiter de cette épidémie pour nous mettre tous en danger. Nous sommes déjà en danger car notre un Etat est impuissant et faible. S’il faut saluer les mesures prises par le chef de l’Etat, il faut en même temps dénoncer haut et fort la lenteur des décisions car il aurait fallu pour le Président d’ « éviter » de heurter la sensibilité des religieux quand il faut prendre des décisions. Le problème est là et il est de taille. Nous avons au Sénégal (après l’exécutif, le législatif et le judiciaire) un quatrième pouvoir : celui des marabouts qui est au-dessus du pouvoir exécutif qui doit se soumettre pour une prétendue « cohésion sociale ». Quel dommage !
Dans le même temps, c’est extrêmement désolant de constater que ceux-là même qui devaient conscientiser le peuple sont les premiers à avoir ignorer les décisions de notre République comme si les lois de la République ne s’appliquent pas à tout le monde, à tout le pays. Toutes les conséquences de cette situation doivent être mesurées. Mais les politiques devront avant tout reconnaître leurs erreurs car ils sont les premiers responsables de cette situation. La politique politicienne n’a jamais développé un pays. Jamais ! Elle permet juste de créer davantage d’ignorants, d’hypocrites, de corrupteurs et des corrompus. Un nouveau modèle de développement est devenu inévitable !
Nous devons tirer tous les enseignements de cette situation et essayer de réfléchir à un modèle de développement adapté à nos réalités. Il m’arrive souvent de sourire tout doucement en pensant au nombre de fêtes par année au Sénégal. Le système maraboutique coûte trop cher à ce pays : des milliers de cérémonies qui demandent Sécurité, électricité, subvention transport, denrées alimentaires, eau, transfert direct d’argent, santé, audiovisuel public, en sus des transferts exceptionnels de ressources, des évacuations sanitaires, des voitures de luxe, des passeports diplomatiques, tout ça à la charge de l’Etat ! Ajouté à cela le nombre de jours fériés avant, pendant et après chaque événement religieux. Tout le pays est bloqué. Tout est presque fermé. Tout le gouvernement est mobilisé. Quel est l’impact de ces événements sur la santé économique de notre pays ? A méditer !
Oui il est temps. Il est temps d’installer un vrai débat public. Les intellectuels sénégalais, les vrais, doivent initier fermement la critique de la pratique religieuse chez nous. Un vrai débat doit s’installer. Un débat calme et serein ! L’école sénégalaise a perdu, il faut transformer cette école et intégrer l’enseignement religieux dans nos écoles, dans nos universités afin de construire un sénégalais modèle, « un nouveau sénégalais ». Notre école actuelle ne correspond pas à la réalité sénégalaise car c’est une école héritée de la colonisation, elle n’a jamais été réformée. Nous devons apprendre pour comprendre. Nous ignorons et nous ignorons que nous sommes ignorants. Nous avons un combat salutaire à mener, un combat difficile au regard de la conjoncture actuelle des choses, mais un combat nécessaire qui mènera chacun de nous vers une vie heureuse.
Au passage, je ne peux que saluer l’exemplarité, le civisme et le patriotisme de la minorité chrétienne au Sénégal. Au fond du cœur bravo et merci pour votre pays, merci pour notre nation.

Fraternellement,
Oumar DIOP depuis Paris
oneodio1@gmail.com

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